
Réforme du PER après 70 ans : qui est concerné et quelles alternatives pour épargner
La loi de finances pour 2026 a introduit un changement majeur pour les épargnants qui envisageaient de continuer à alimenter leur Plan d'Épargne Retraite (PER) après 70 ans. Depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués sur un PER individuel après cet âge ne bénéficient plus de la déduction fiscale sur le revenu imposable. Cette mesure vise à recentrer le dispositif sur sa vocation première : préparer la retraite pendant la vie active. Pour les particuliers aisés, les dirigeants et les frontaliers du bassin annécien qui avaient intégré le PER dans leur stratégie patrimoniale, cette évolution impose de revoir certaines habitudes et d'explorer d'autres solutions d'épargne adaptées à leur situation.
Pourquoi cette réforme du PER après 70 ans
Le Plan d'Épargne Retraite, créé par la loi PACTE en 2019, a pour objectif d'encourager la constitution d'une épargne destinée à compléter les revenus à la retraite. Le principal levier d'attractivité du PER réside dans la déduction fiscale des versements volontaires, dans la limite des plafonds annuels fixés par l'administration fiscale (article 163 quatervicies du Code général des impôts). En contrepartie, les sommes retirées à la sortie sont imposées comme des pensions de retraite.
Jusqu'en 2025, il était possible de continuer à verser sur un PER individuel après 70 ans et de déduire ces versements, même si l'épargnant était déjà retraité. Cette souplesse permettait notamment aux dirigeants encore en activité ou aux professions libérales de réduire leur revenu imposable tout en constituant un capital transmissible. La loi de finances pour 2026 a mis fin à cette possibilité, considérant que le dispositif devait se concentrer sur la phase de constitution de l'épargne avant la retraite.
Qui est concerné par cette mesure
La réforme touche exclusivement les titulaires d'un PER individuel, qu'il s'agisse d'un PER bancaire (compte-titres) ou d'un PER assurantiel (contrat d'assurance). Sont concernés les épargnants qui atteignent 70 ans à compter du 1er janvier 2026, ainsi que ceux qui ont déjà franchi cet âge et continuaient à alimenter leur plan.
En revanche, les PER collectifs mis en place dans le cadre de l'entreprise (PERECO et PERO) ne sont pas visés par cette restriction. Les salariés et dirigeants de plus de 70 ans peuvent donc continuer à bénéficier des versements de leur employeur et des abondements associés, sans perdre l'avantage fiscal lié à ces contributions.
Situations fréquentes dans le bassin annécien
Dans la région d'Annecy et en Haute-Savoie, plusieurs profils sont particulièrement concernés par cette évolution. Les frontaliers suisses qui ont ouvert un PER pour optimiser leur fiscalité française tout en travaillant en Suisse doivent désormais anticiper l'arrêt des versements déductibles dès 70 ans. Les dirigeants de PME et les professions libérales (médecins, avocats, experts-comptables) qui continuent leur activité après cet âge perdent également cet outil de réduction d'impôt. Enfin, les particuliers aisés qui utilisaient le PER comme un levier de transmission patrimoniale doivent repenser leur stratégie.
Conséquences concrètes de la fin de la déduction fiscale
La principale conséquence de cette réforme est la perte de l'avantage fiscal immédiat. Un versement de 10 000 euros sur un PER avant 70 ans permettait, selon la tranche marginale d'imposition, une économie d'impôt pouvant aller de 3 000 à 4 500 euros environ. Après 70 ans, ce même versement reste possible techniquement, mais il n'offre plus aucune déduction fiscale. L'épargnant ne récupère donc rien sur sa déclaration de revenus.
Par ailleurs, les sommes versées après 70 ans restent bloquées jusqu'à la liquidation du plan (départ en retraite si l'épargnant est encore en activité, ou déblocage anticipé dans les cas prévus par la loi). À la sortie, elles seront imposées comme des pensions si elles sont retirées en rente, ou soumises au BARÈME PROGRESSIF de l'impôt sur le revenu si elles sont retirées en capital, après application d'un abattement de 10 %. Cette double contrainte (absence de déduction à l'entrée, imposition à la sortie) rend le PER peu attractif pour les versements après 70 ans.
Les alternatives pour continuer à épargner et préparer sa succession
Face à cette réforme, plusieurs solutions patrimoniales peuvent prendre le relais du PER après 70 ans. Le choix dépend de vos objectifs (constituer un complément de revenus, transmettre un capital, optimiser la fiscalité) et de votre situation personnelle.
L'assurance-vie : souplesse et transmission optimisée
L'assurance-vie reste l'un des placements les plus prisés en France, y compris après 70 ans. Contrairement au PER, elle n'impose aucune limite d'âge pour les versements et offre une grande liberté de gestion. Les versements effectués après 70 ans bénéficient d'un abattement de 30 500 euros sur les capitaux transmis au décès (article 757 B du Code général des impôts), au-delà duquel les sommes sont taxées à 20 % jusqu'à 700 000 euros, puis à 31,25 %. Les intérêts capitalisés, eux, sont totalement exonérés de droits de succession.
L'assurance-vie permet également de désigner librement les bénéficiaires, y compris des personnes extérieures à la famille, et de fractionner les versements en fonction de vos besoins. Pour les résidents du bassin annécien qui souhaitent transmettre un capital à leurs enfants ou petits-enfants tout en conservant une épargne disponible, l'assurance-vie constitue une alternative de premier plan.
Le CONTRAT DE CAPITALISATION : un outil méconnu de transmission
Moins connu que l'assurance-vie, le CONTRAT DE CAPITALISATION fonctionne de manière similaire sur le plan financier (supports en euros et UNITÉS DE COMPTE fiscalité des rachats identique), mais il présente une différence majeure : il entre dans la succession et peut être transmis par donation ou legs. Cela permet de conserver le contrat en l'état et de transmettre l'antériorité fiscale, ce qui peut être avantageux pour des enfants ou petits-enfants qui pourront bénéficier d'une fiscalité réduite sur les plus-values après huit ans de détention.
Le CONTRAT DE CAPITALISATION est particulièrement adapté aux stratégies de transmission progressive, notamment dans le cadre de donations avec réserve d'usufruit. Il peut être combiné avec d'autres dispositifs pour optimiser la transmission d'un patrimoine conséquent.
Le PEA et le compte-titres : pour les profils dynamiques
Le Plan d'Épargne en Actions (PEA) permet d'investir en actions européennes avec une fiscalité avantageuse après cinq ans de détention : les plus-values et dividendes ne sont soumis qu'aux PRÉLÈVEMENTS SOCIAUX (17,2 %), sans impôt sur le revenu. Le PEA peut être conservé à vie et transmis dans la succession. Il convient aux épargnants qui acceptent une certaine volatilité en contrepartie d'un potentiel de performance à long terme.
Le compte-titres ordinaire, lui, n'offre pas d'avantage fiscal particulier, mais il permet d'investir sans limite de montant ni de supports (actions, obligations, fonds, produits structurés). Il est souvent utilisé en complément d'autres enveloppes pour diversifier les placements et conserver une grande liberté de gestion. Vous pouvez découvrir les avantages du PEA et du compte-titres pour vos investissements.
L'immobilier en direct ou en nue-propriété
Investir en immobilier locatif reste une option solide pour constituer un patrimoine et générer des revenus complémentaires. Après 70 ans, l'achat en nue-propriété peut être une stratégie intéressante : vous achetez un bien à prix réduit (décote de 30 à 50 % selon la durée du démembrement), sans percevoir de loyers pendant la période de DÉMEMBREMENT puis vous récupérez la pleine propriété à terme. Cette solution permet de transmettre un bien immobilier à moindre coût fiscal, tout en réduisant l'assiette de l'IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) pendant la période de DÉMEMBREMENT
Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) représentent également une alternative intéressante pour investir dans l'immobilier sans les contraintes de gestion. Elles permettent de percevoir des revenus réguliers et de diversifier son patrimoine immobilier. Pour en savoir plus, consultez notre guide sur les SCPI et OPCI .
Faut-il conserver son PER après 70 ans
Même si les versements après 70 ans ne sont plus déductibles, conserver un PER existant peut avoir du sens dans certaines situations. Si vous avez déjà constitué un capital important sur votre plan, vous pouvez continuer à le faire fructifier sans effectuer de nouveaux versements. Les supports d'investissement restent accessibles (FONDS EN EUROS UNITÉS DE COMPTE gestion pilotée), et vous conservez la possibilité de sortir en rente viagère ou en capital selon vos besoins.
En revanche, si votre objectif était principalement fiscal, il peut être judicieux de clôturer le PER et de réorienter votre épargne vers d'autres enveloppes plus adaptées à votre situation. Cette décision doit être prise au cas par cas, en fonction de votre âge, de votre patrimoine global, de votre fiscalité et de vos projets de transmission. Pour vous aider dans cette réflexion, consultez notre comparatif entre PER et assurance-vie.
Comment adapter sa stratégie patrimoniale après 70 ans
La réforme du PER après 70 ans invite à repenser votre stratégie d'épargne et de transmission dans une logique plus globale. Plutôt que de concentrer vos efforts sur un seul produit, il est souvent pertinent de diversifier vos placements en fonction de vos objectifs : liquidité, revenus complémentaires, transmission, fiscalité.
Pour les frontaliers suisses du bassin annécien, cette réforme peut être l'occasion de rééquilibrer votre patrimoine entre France et Suisse, en tenant compte des spécificités fiscales de chaque pays. Découvrez nos conseils spécifiques pour les frontaliers suisses.
Pour les dirigeants et professions libérales encore en activité après 70 ans, il peut être judicieux de privilégier les solutions d'épargne d'entreprise (PERECO, contrats Madelin) ou de renforcer votre assurance-vie personnelle. Pour les particuliers aisés en phase de transmission, le CONTRAT DE CAPITALISATION les donations avec réserve d'usufruit ou les investissements en nue-propriété peuvent offrir des leviers d'optimisation intéressants.
Chaque situation est particulière et mérite une analyse personnalisée. Un bilan patrimonial permet de faire le point sur vos objectifs, votre fiscalité, votre situation familiale et vos contraintes, et de construire une stratégie cohérente et adaptée à votre profil. Pour aller plus loin, consultez notre article sur les avantages d'un bilan patrimonial personnalisé.
Questions fréquentes
Puis-je encore ouvrir un PER après 70 ans ?
Oui, l'ouverture d'un PER reste possible après 70 ans. En revanche, les versements que vous effectuerez ne seront plus déductibles de votre revenu imposable. Cette ouverture n'a donc d'intérêt que si vous souhaitez bénéficier de la gestion financière du plan ou préparer une sortie en rente viagère, mais elle n'offre plus d'avantage fiscal immédiat.
Les versements effectués avant 70 ans sont-ils concernés par la réforme ?
Non, la réforme ne remet pas en cause les versements effectués avant 70 ans. Ceux-ci conservent leur avantage fiscal initial (déduction au moment du versement) et seront imposés selon les règles habituelles lors de la sortie du plan (rente ou capital). Seuls les nouveaux versements effectués après 70 ans perdent la déductibilité fiscale.
Quelle est la différence entre un PER individuel et un PER collectif ?
Le PER individuel est ouvert à titre personnel auprès d'une banque ou d'un assureur. Vous le financez librement avec vos revenus, et vous bénéficiez de la déduction fiscale dans la limite de vos plafonds. Le PER collectif (PERECO ou PERO) est mis en place par l'entreprise. Il est alimenté par des versements volontaires du salarié ou du dirigeant, mais aussi par des abondements de l'employeur. La réforme de 2026 ne concerne que les PER individuels : les PER collectifs conservent leur avantage fiscal après 70 ans.
L'assurance-vie est-elle plus intéressante que le PER après 70 ans ?
Après 70 ans, l'assurance-vie présente plusieurs avantages par rapport au PER. Elle offre une totale liberté de versement et de retrait, sans contrainte de blocage. Les sommes versées après 70 ans bénéficient d'un abattement de 30 500 euros sur les capitaux transmis au décès, et les intérêts sont totalement exonérés de droits de succession. En revanche, elle ne permet plus de déduction fiscale à l'entrée, tout comme le PER après 70 ans. Le choix entre les deux dépend de vos objectifs : si vous cherchez à transmettre un capital, l'assurance-vie est souvent plus souple et plus avantageuse.
Puis-je transférer mon PER vers une assurance-vie ?
Non, il n'est pas possible de transférer directement un PER vers une assurance-vie. En revanche, vous pouvez clôturer votre PER (sous réserve de remplir les conditions de déblocage anticipé ou d'être à la retraite) et réinvestir les sommes récupérées sur une assurance-vie. Attention toutefois : la sortie du PER est imposable (comme une pension si vous êtes à la retraite, ou selon le BARÈME PROGRESSIF avec abattement de 10 % si vous sortez en capital). Cette opération doit être étudiée au cas par cas pour en mesurer l'intérêt fiscal et patrimonial.
Quelles solutions pour les frontaliers suisses après 70 ans ?
Les frontaliers suisses qui ont ouvert un PER en France pour optimiser leur fiscalité doivent désormais explorer d'autres pistes après 70 ans. L'assurance-vie reste une solution de premier plan pour transmettre un capital à moindre coût fiscal. Selon votre situation, il peut également être pertinent de renforcer votre prévoyance en Suisse (pilier 3a ou 3b) ou de privilégier des placements immobiliers en France. Un bilan patrimonial personnalisé permet de coordonner ces différentes solutions en tenant compte de la fiscalité franco-suisse.
Ce qu'il faut retenir
La réforme du PER après 70 ans marque un tournant pour les épargnants qui utilisaient ce dispositif comme levier fiscal et patrimonial. Si les versements restent techniquement possibles, ils perdent tout intérêt fiscal immédiat. Cette évolution invite à diversifier votre épargne et à privilégier des solutions adaptées à votre situation : assurance-vie pour la transmission, SCPI pour les revenus complémentaires, CONTRAT DE CAPITALISATION pour la transmission progressive, ou encore immobilier en nue-propriété pour optimiser la fiscalité.
Chaque parcours est unique, et les choix patrimoniaux doivent être adaptés à vos objectifs, votre fiscalité, votre situation familiale et votre horizon de placement. Pour vous accompagner dans cette réflexion, n'hésitez pas à consulter notre guide complet sur la transmission patrimoniale ou à découvrir les étapes d'une donation réussie. Un accompagnement personnalisé vous permet de construire une stratégie cohérente et de sécuriser votre avenir et celui de vos proches.


