
Impôt sur la fortune improductive : faut-il craindre la taxation des liquidités
Depuis plusieurs mois, un projet de réforme fiscale fait débat dans les cercles patrimoniaux et politiques. Il s'agirait de remplacer l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) par un nouvel impôt ciblant la fortune dite improductive. Liquidités sur comptes courants, livrets au-delà des plafonds réglementés, fonds euros d'assurance-vie : autant d'actifs qui pourraient entrer dans le périmètre de cette taxation. Pour les particuliers aisés, les chefs d'entreprise et les frontaliers suisses du bassin annécien, cette hypothèse soulève des questions concrètes. Faut-il réellement s'inquiéter ? Quels arbitrages patrimoniaux envisager dès maintenant pour préserver la performance de son épargne tout en limitant l'exposition fiscale ?
Qu'est-ce que l'impôt sur la fortune improductive
L'impôt sur la fortune improductive n'est pas encore inscrit dans le Code général des impôts. Il s'agit d'un projet débattu au Parlement, visant à élargir l'assiette de l'IFI (impôt sur la fortune immobilière, régi par les articles 964 et suivants du CGI) pour y intégrer les actifs financiers considérés comme peu ou pas productifs. L'objectif affiché est double : inciter les épargnants à orienter leur patrimoine vers des placements dynamiques, favorables à l'économie réelle, et générer des recettes fiscales supplémentaires.
Contrairement à l'IFI actuel, qui ne taxe que les biens et droits immobiliers (résidences principales et secondaires, immobilier locatif, parts de SCPI etc.), ce nouvel impôt pourrait concerner les liquidités détenues sur comptes courants, les livrets d'épargne au-delà des plafonds réglementés, les fonds euros des contrats d'assurance-vie, voire certains placements à capital garanti jugés insuffisamment dynamiques.
Pourquoi parle-t-on de fortune improductive
La notion de fortune improductive désigne les actifs qui ne génèrent pas ou peu de revenus, ou dont le rendement réel (après inflation et fiscalité) est faible. Les liquidités sur compte courant rapportent zéro, les livrets réglementés (Livret A, LDDS) affichent des taux modestes (1,70 % au printemps 2026, après plusieurs baisses), et les fonds euros d'assurance-vie, bien que sécurisés, peinent à dépasser les 2 à 2,5 % nets de frais de gestion selon les contrats.
Face à une inflation qui oscille autour de 2 %, ces placements conservent difficilement le pouvoir d'achat à long terme. Pour les pouvoirs publics, cette épargne de précaution, lorsqu'elle devient excessive, constitue un manque à gagner pour l'investissement productif (entreprises, immobilier locatif, innovation). D'où l'idée d'une taxation incitative pour encourager la réallocation vers des actifs plus dynamiques.
Périmètre et seuil envisagés par le projet de réforme
Les débats parlementaires évoquent un seuil de déclenchement de l'impôt autour de 1,3 million d'euros de patrimoine net taxable. Ce montant reste indicatif et pourrait évoluer en fonction des arbitrages politiques. Il s'agirait d'un seuil global, calculé après déduction des dettes, à l'image du fonctionnement actuel de l'IFI.
Quels actifs seraient concernés
Selon les versions du projet discutées, entreraient dans l'assiette taxable les éléments suivants (liste non exhaustive et susceptible d'ajustements) :
- Liquidités sur comptes courants et comptes sur livret au-delà des plafonds réglementés (Livret A, LDDS, LEP).
- Fonds euros d'assurance-vie, considérés comme placements à capital garanti et faiblement rémunérés.
- Certains comptes à terme ou dépôts dont le rendement reste inférieur à un seuil défini (à préciser).
- Biens immobiliers non loués (résidences secondaires, terrains non bâtis sans projet), déjà taxables à l'IFI mais dont la qualification d'improductivité serait renforcée.
En revanche, les actifs suivants pourraient être exclus ou bénéficier d'un traitement allégé :
- UNITÉS DE COMPTE (actions, obligations, fonds diversifiés) détenues en assurance-vie ou sur compte-titres, car considérées comme investies dans l'économie réelle.
- Parts de sociétés (holdings, PME, start-ups) détenues directement ou via des fonds (FCPR FCPI, FIP).
- Biens professionnels et outils de travail, déjà exonérés d'IFI sous conditions (article 975 du CGI).
Cette distinction vise à orienter l'épargne vers des placements générant emplois, innovation ou revenus locatifs, tout en pénalisant les patrimoines « dormants ».
Quel barème et quelles modalités de calcul
Aucun barème définitif n'a été arrêté à ce stade. Les hypothèses évoquées reprennent la logique progressive de l'IFI (articles 977 et 978 du CGI), avec des tranches allant de 0,50 % à 1,50 % selon le montant de patrimoine taxable. Un mécanisme de décote ou d'abattement pourrait s'appliquer aux patrimoines proches du seuil de 1,3 M€, afin d'éviter un effet de seuil brutal.
Les modalités déclaratives s'inspireraient de celles de l'IFI : déclaration annuelle jointe à la déclaration de revenus, valorisation des actifs au 1er janvier de l'année d'imposition, déduction des dettes afférentes. Toutefois, la valorisation des liquidités et fonds euros est simple (montant au 1er janvier), contrairement à l'immobilier qui nécessite une estimation.
Quels arbitrages patrimoniaux envisager dès maintenant
Même si le projet n'est pas encore adopté, il est prudent d'anticiper. Réorienter une partie de son épargne vers des actifs productifs présente plusieurs avantages : réduire l'exposition à une éventuelle taxation, améliorer le rendement global du patrimoine et diversifier les sources de revenus.
Diversifier vers l'immobilier locatif
L'immobilier locatif constitue un actif productif par excellence. Les loyers perçus génèrent un revenu régulier, et la pierre offre une protection contre l'inflation à long terme. En Haute-Savoie, la demande locative reste soutenue, notamment autour d'Annecy, Annemasse et dans les stations de montagne, ce qui limite le risque de vacance locative.
Pour optimiser la fiscalité, vous pouvez explorer les clés d'un investissement locatif réussi ou envisager des dispositifs de défiscalisation immobilière adaptés à votre profil.
Investir en UNITÉS DE COMPTE et titres vifs
Les UNITÉS DE COMPTE (UC) en assurance-vie ou sur compte-titres (PEA, compte-titres ordinaire) permettent d'accéder aux marchés actions, obligations et fonds diversifiés. Contrairement aux fonds euros, elles ne garantissent pas le capital, mais offrent un potentiel de performance supérieur sur le long terme. Historiquement, les actions mondiales affichent des rendements moyens annuels de l'ordre de 6 à 8 % sur vingt ans (à titre indicatif, performances passées ne préjugeant pas des performances futures).
Pour les profils prudents, une allocation mixte (actions, obligations, immobilier coté) au sein d'un contrat d'assurance-vie permet de lisser la volatilité tout en visant un rendement supérieur à celui du fonds euro. Découvrez comment l'assurance-vie peut structurer votre épargne de manière équilibrée.
Privilégier les dispositifs de défiscalisation productifs
Certains placements combinent avantage fiscal et investissement dans l'économie réelle. Les FCPI et FIP (fonds communs de placement dans l'innovation et fonds d'investissement de proximité, régis par les articles 199 terdecies-0 A et suivants du CGI) offrent une réduction d'impôt sur le revenu en contrepartie d'un investissement dans des PME innovantes ou régionales.
Le capital est bloqué pendant plusieurs années, mais ces fonds ne seraient pas visés par l'impôt sur la fortune improductive, puisqu'ils financent directement l'économie productive. Vous pouvez consulter notre page dédiée aux FIP et FCPI en Haute-Savoie pour approfondir.
Les groupements forestiers et viticoles, également éligibles à des avantages fiscaux (réduction d'impôt au titre de l'article 199 decies H pour le forestier, sous conditions), constituent des placements tangibles et durables. Attention toutefois, tous ces investissements présentent des risques spécifiques (liquidité faible, durée de détention longue) et doivent s'inscrire dans une stratégie patrimoniale globale.
Optimiser la détention via l'assurance-vie et le PER
L'assurance-vie reste un outil central de la gestion patrimoniale en France. En orientant une partie de l'épargne vers des UC diversifiées au sein du contrat, vous conservez les avantages fiscaux propres à l'assurance-vie (abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule ou 9 200 € pour un couple sur les rachats après huit ans, article 125-0 A du CGI, et régime favorable en cas de transmission, articles 990 I et 757 B du CGI), tout en réduisant la part de fonds euro potentiellement taxable.
Le Plan d'épargne retraite (PER), régi par l'article 163 quatervicies du CGI, permet de déduire les versements volontaires du revenu imposable, dans la limite de plafonds annuels. Les sommes investies sont bloquées jusqu'à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé), mais elles échappent à toute taxation de type IFI ou impôt sur la fortune improductive pendant la phase d'épargne.
À la sortie, la fiscalité dépend du mode de sortie choisi (rente, capital) et de l'âge. Pour les actifs encore en activité, le PER constitue un levier d'optimisation fiscale et patrimoniale pertinent.
Cas particuliers : frontaliers suisses et chefs d'entreprise
Frontaliers suisses : anticiper la fiscalité française
Les frontaliers suisses résidant en Haute-Savoie cumulent souvent des revenus élevés et une épargne importante, parfois concentrée sur des comptes suisses ou des contrats luxembourgeois. Si le projet d'impôt sur la fortune improductive était adopté, ces liquidités et fonds euros seraient potentiellement taxables en France, où se situe la résidence fiscale.
Il est donc recommandé de diversifier progressivement vers des actifs productifs et de profiter des dispositifs de défiscalisation accessibles aux résidents français. La prévoyance suisse (2e et 3e piliers) reste spécifique et échappe à la fiscalité française tant que les sommes ne sont pas rapatriées, mais elle ne suffit pas toujours à couvrir l'ensemble des besoins patrimoniaux (transmission, revenus complémentaires, diversification).
Pour mieux comprendre les enjeux de la retraite et de la prévoyance, consultez notre article sur la préparation de la retraite pour les frontaliers suisses.
Chefs d'entreprise : sécuriser la trésorerie sans subir l'impôt
Les dirigeants détiennent parfois des liquidités importantes sur des comptes courants d'associés ou des comptes de trésorerie d'entreprise. Si ces sommes sont affectées à l'activité professionnelle, elles pourraient bénéficier de l'exonération des biens professionnels (article 975 du CGI). En revanche, les liquidités personnelles excédentaires, détenues hors de la sphère professionnelle, seraient potentiellement taxables.
Pour optimiser, plusieurs pistes : investir dans l'outil de travail (matériel, locaux professionnels), souscrire un CONTRAT DE CAPITALISATION ou une assurance-vie en UNITÉS DE COMPTE au nom de la société (sous réserve des règles comptables et fiscales applicables), ou encore envisager une HOLDING patrimoniale pour structurer la détention d'actifs diversifiés (immobilier, participations, placements financiers).
Chaque montage doit être validé avec un conseil en gestion de patrimoine et un expert-comptable pour garantir sa conformité. Explorez les solutions de gestion de trésorerie d'entreprise adaptées à votre situation.
Prudence et conseil personnalisé : ne pas céder à la précipitation
Il est essentiel de rappeler que ce projet de réforme n'est pas encore voté. Les débats parlementaires peuvent conduire à des ajustements substantiels, voire à l'abandon du texte. Toute décision patrimoniale prise dans la précipitation, sans analyse approfondie de votre situation personnelle, comporte des risques : frais d'arbitrage, perte de liquidité, exposition à des placements inadaptés à votre profil de risque ou à votre horizon de placement.
Analyser votre situation avant d'agir
Votre âge, vos objectifs (constitution d'un capital, préparation de la retraite, transmission), votre capacité d'épargne, votre tolérance au risque et votre situation familiale déterminent la stratégie patrimoniale la plus pertinente. Un épargnant de 60 ans à la recherche de sécurité et de liquidité n'aura pas la même approche qu'un cadre de 40 ans souhaitant dynamiser son patrimoine sur vingt ans.
Un bilan patrimonial personnalisé permet de cartographier l'ensemble de vos actifs et passifs, d'identifier les zones de sur-concentration (liquidités excessives, fonds euro majoritaire) et de définir une allocation cible adaptée. Ce bilan intègre également les aspects fiscaux (impôt sur le revenu, IFI actuel, prélèvements sociaux) et successoraux (clauses bénéficiaires, donations anticipées, pacte Dutreil pour la transmission d'entreprise selon l'article 787 B du CGI).
Découvrez les avantages d'un bilan patrimonial personnalisé pour structurer votre démarche.
Se faire accompagner par un professionnel local
Faire appel à un conseiller en gestion de patrimoine indépendant, ancré dans le bassin annécien, présente plusieurs avantages. Il connaît les spécificités locales (marché immobilier en Haute-Savoie, fiscalité des frontaliers, opportunités de défiscalisation régionales) et dispose d'une vision globale des dispositifs nationaux.
Il vous aide à arbitrer entre les différentes solutions (assurance-vie, PER, immobilier…) en fonction de vos objectifs et contraintes, sans promesse de rendement garanti mais avec une approche rigoureuse et transparente. L'accompagnement ne se limite pas à la souscription de produits : il inclut le suivi dans le temps, l'ajustement de la stratégie en fonction des évolutions fiscales et personnelles, et la coordination avec vos autres conseils (notaire, expert-comptable, avocat) pour sécuriser l'ensemble de votre patrimoine.
Comprenez pourquoi choisir un expert local pour gérer votre patrimoine peut faire toute la différence.
Questions fréquentes
L'impôt sur la fortune improductive est-il déjà en vigueur
Non, il s'agit d'un projet de réforme en discussion au Parlement. Aucun texte définitif n'a été adopté à ce jour. Les modalités (périmètre, seuil, barème) peuvent encore évoluer ou être abandonnées. Il convient de suivre l'actualité législative et de ne pas prendre de décisions hâtives avant la publication officielle d'un texte de loi.
Quels actifs sont considérés comme improductifs
Selon les versions du projet, seraient visés les liquidités sur comptes courants, les livrets au-delà des plafonds réglementés, les fonds euros d'assurance-vie et certains biens immobiliers non loués. En revanche, les UNITÉS DE COMPTE les parts de sociétés et l'immobilier locatif seraient considérés comme productifs et exclus de l'assiette taxable.
Le seuil de 1,3 M€ est-il définitif
Non, ce montant est évoqué dans les débats parlementaires mais n'est pas encore inscrit dans la loi. Il pourrait être revu à la hausse ou à la baisse en fonction des arbitrages politiques et budgétaires. Seul un texte promulgué et publié au Journal officiel fera foi.
Faut-il vendre ses fonds euros en assurance-vie dès maintenant
Pas nécessairement. Les fonds euros conservent leur intérêt pour la sécurité du capital et la liquidité. Une allocation équilibrée entre fonds euro et UNITÉS DE COMPTE permet de concilier prudence et performance. Tout arbitrage doit être réfléchi en fonction de votre profil de risque, de votre horizon de placement et de vos besoins de liquidité. Un conseil personnalisé est recommandé avant toute décision.
Les frontaliers suisses sont-ils concernés par ce projet
Oui, dès lors qu'ils sont résidents fiscaux français. Leur patrimoine mondial (y compris les actifs détenus en Suisse ou au Luxembourg) entre dans le calcul de l'impôt français. Il est donc important pour eux d'anticiper cette éventuelle réforme en diversifiant leur épargne vers des actifs productifs et en optimisant leur fiscalité française.
Comment savoir si mon patrimoine dépasse le seuil de 1,3 M€
Il faut additionner la valeur de l'ensemble de vos actifs (immobilier, liquidités, placements financiers, assurance-vie) au 1er janvier de l'année, puis déduire les dettes (crédits immobiliers, prêts personnels). Il faut également tenir compte des abattements possibles de certains biens immobiliers. Le solde obtenu constitue votre patrimoine net taxable. Un bilan patrimonial détaillé permet de réaliser ce calcul avec précision et d'identifier les leviers d'optimisation.
Ce qu'il faut retenir
Le projet d'impôt sur la fortune improductive soulève des interrogations légitimes pour les épargnants. S'il était adopté, il pourrait inciter à réorienter une partie des liquidités et fonds euros vers des placements plus dynamiques et productifs. Toutefois, aucune décision patrimoniale ne doit être prise dans la précipitation. Chaque situation est unique, et les arbitrages doivent être mûrement réfléchis, en tenant compte de votre profil, de vos objectifs et de l'évolution législative.
Un accompagnement personnalisé vous permet de sécuriser vos choix, d'optimiser votre fiscalité sans prendre de risques inconsidérés, et de construire un patrimoine diversifié, performant et transmissible. N'hésitez pas à solliciter un bilan patrimonial pour faire le point sur votre situation et envisager sereinement les évolutions à venir.


